Une année 2026 particulièrement favorable à la reproduction du brochet
Espèce emblématique pour de nombreux pêcheurs landais, le brochet est aussi étroitement dépendant du bon fonctionnement des zones humides. Depuis 2014, la Fédération de Pêche des Landes suit ses zones de reproduction à travers le département afin de mieux comprendre leur fonctionnement et leur évolution.
En 2026, les résultats sont particulièrement encourageants : 1 473 brochetons ont été capturés sur les 50 frayères inventoriées, pour 32,4 heures de pêche effective. L’indice de productivité atteint ainsi son niveau le plus élevé depuis la standardisation du suivi en 2019.
Mais derrière ce très bon résultat départemental se cachent des réalités bien différentes. Littoral, vallée de l’Adour ou Plateau landais : les frayères ne fonctionnent pas partout de la même manière.
Pourquoi suivre les frayères à brochet ?
Pour se reproduire, le brochet utilise principalement des zones peu profondes et végétalisées temporairement connectées aux cours d’eau.
Marais, lagunes, bras morts ou fossés en eau peuvent ainsi devenir de véritables nurseries. Mais plusieurs conditions doivent être réunies : les géniteurs doivent pouvoir accéder au site, la végétation doit être adaptée et, surtout, l’eau doit rester présente suffisamment longtemps pour permettre le développement des œufs puis des jeunes brochets.
Une frayère qui se retrouve déconnectée du réseau hydrographique ou qui s’assèche trop rapidement peut donc perdre une grande partie de son intérêt pour l’espèce.
Depuis 2014, le suivi réalisé par la Fédération permet notamment :
- d’identifier les frayères fonctionnelles ;
- de mesurer le succès de la reproduction ;
- de suivre leur évolution au fil des années ;
- de rechercher de nouvelles zones de reproduction ;
- d’améliorer les connaissances sur le brochet aquitain ;
- d’orienter les actions de préservation et de restauration.

Fonctionnalité et productivité : deux indicateurs complémentaires
Une frayère est considérée comme fonctionnelle lorsqu’au moins un brocheton y est retrouvé lors de l’inventaire.
La productivité va plus loin. Elle permet d’estimer, à partir des poissons échantillonnés, le nombre de jeunes brochets susceptibles d’atteindre la maturité sexuelle pour une surface donnée de frayère active.
Ces deux indicateurs permettent de distinguer une zone simplement utilisée pour la reproduction d’une frayère réellement productive.
Littoral, Adour, Plateau landais : trois situations différentes
Plus de dix années de données permettent aujourd’hui de prendre du recul. Et un constat apparaît clairement : un résultat moyen à l’échelle du département ne suffit pas à décrire la situation du brochet dans les Landes.
Le Littoral : les résultats les plus favorables
Le secteur littoral concentre une grande partie des frayères aujourd’hui connues et présente, sur une grande partie de la période étudiée, les meilleurs niveaux de fonctionnalité et de productivité.
Plus de 60 % des frayères suivies y sont fonctionnelles sur de nombreuses années.
La présence d’habitats favorables, leur connexion avec le réseau hydrographique, des reliefs relativement doux ou encore des températures augmentant suffisamment tôt dans l’année peuvent contribuer à expliquer ces résultats.
Cela ne signifie pas pour autant que la reproduction y est régulière. Les résultats peuvent fortement varier d’une année à l’autre, comme cela a notamment été observé après les très bonnes années 2022 et 2023.
La vallée de l’Adour : la connexion aux frayères au cœur des enjeux
Dans la vallée de l’Adour, la fonctionnalité est globalement plus faible, avec moins de 60 % des frayères suivies considérées comme fonctionnelles.
Le nombre moyen de brochetons observés y est également nettement inférieur à celui enregistré sur le Littoral.
L’une des problématiques identifiées concerne la déconnexion progressive de certains bras morts et annexes hydrauliques. Une zone peut encore sembler favorable visuellement mais perdre tout son intérêt si les brochets adultes ne peuvent plus y accéder au moment de la reproduction.
Ces dernières années, un léger regain de la reproduction est néanmoins observé sur certains secteurs de l’Adour aval.
Le Plateau landais : des résultats à interpréter avec précaution
Le Plateau landais regroupe notamment les contextes de la Leyre et de la Midouze.
La fonctionnalité des frayères y fluctue fortement. Certaines années, la totalité des sites inventoriés peuvent être fonctionnels.
Ces résultats doivent toutefois être relativisés : le nombre de frayères prospectées y est plus faible que sur les autres secteurs, ce qui rend les comparaisons plus sensibles.
La productivité moyenne observée sur le Plateau landais est généralement légèrement supérieure à celle de l’Adour, mais reste inférieure à celle du Littoral.
2026 : la meilleure productivité observée depuis 2019
Sur les 113 frayères aujourd’hui connues, 50 ont pu être inventoriées en 2026.
Toutes les zones ne sont pas prospectées chaque année. Les niveaux d’eau, l’assèchement de certains sites ou encore leur accessibilité déterminent les secteurs sur lesquels les inventaires peuvent être réalisés.
Les résultats 2026 sont néanmoins remarquables :
- 1 473 brochetons capturés ;
- 32,4 heures de pêche effective ;
- un indice moyen de productivité de 0,56 bro3+ / 100 m².
À titre de comparaison, 1 045 brochetons avaient été capturés en 2025, pour un effort de pêche presque identique de 33 heures.
Une nette progression de l’indice de productivité
Depuis la standardisation du suivi :
- 2019 : 0,08 bro3+ / 100 m²
- 2020 : 0,19
- 2021 : 0,23
- 2022 : 0,35
- 2023 : 0,27
- 2024 : 0,11
- 2025 : 0,16
- 2026 : 0,56
Il s’agit donc du meilleur résultat enregistré depuis 2019.
Pourquoi 2026 a-t-elle été aussi favorable ?
Plusieurs éléments semblent avoir contribué aux bons résultats de cette année.
De l’eau au bon moment… et suffisamment longtemps
La fin de l’année 2025 et le début de l’année 2026 ont été marqués par une pluviométrie importante, permettant la montée des eaux et la connexion de nombreuses annexes hydrauliques.
Pour le brochet, une simple montée ponctuelle des niveaux ne suffit toutefois pas.
Après la ponte, les frayères doivent rester en eau suffisamment longtemps pour permettre le développement des œufs puis des jeunes poissons.
En 2026, le maintien des niveaux d’eau sur plusieurs secteurs semble avoir offert des conditions particulièrement favorables au développement des brochetons.
De nouvelles frayères très productives découvertes sur le Littoral
Les bons résultats de 2026 s’expliquent également par l’amélioration des connaissances sur les zones de reproduction.
En 2025, une étude consacrée aux zones humides sur un bassin versant littoral avait permis d’identifier plusieurs secteurs potentiellement favorables.
Prospectés pour la première fois en 2026, certains de ces sites se sont révélés particulièrement productifs.
Ces découvertes montrent tout l’intérêt de poursuivre les recherches : certaines zones humides discrètes ou encore méconnues peuvent jouer un rôle important dans le renouvellement naturel des populations de brochets.
Une succession de bonnes et de moins bonnes années ?
Plus de dix années de suivi permettent également de faire apparaître certaines tendances qu’une seule campagne annuelle ne pourrait pas révéler.
La fonctionnalité des frayères semble notamment évoluer par phases : plusieurs années favorables peuvent être suivies d’une période plus difficile avant qu’une amélioration ne soit de nouveau observée.
Une hypothèse est actuellement envisagée : environ deux années sur cinq pourraient présenter des conditions réellement favorables au bon fonctionnement des frayères.
Cette tendance reste toutefois à confirmer.
Elle illustre surtout l’importance d’un suivi réalisé sur le long terme : une excellente ou une mauvaise année ne peut, à elle seule, permettre de conclure sur l’état général des populations de brochets.
Ne plus seulement compter les brochetons, mais comprendre les frayères
Détecter des jeunes brochets permet de savoir si une zone a fonctionné. Mais cela n’explique pas forcément pourquoi elle fonctionne bien… ou pourquoi elle ne fonctionne plus.
Depuis 2025, la Fédération développe donc un nouvel outil : l’Indice de Qualité d’une Frayère à Brochet (IQFB).
Il peut être comparé à un véritable bilan de santé de la frayère.
Quinze critères sont étudiés, notamment :
- la végétation ;
- les caractéristiques physiques du site ;
- les conditions environnementales ;
- son accessibilité pour les poissons ;
- les pressions liées aux usages humains ;
- son niveau de préservation ;
- son fonctionnement écologique.
L’objectif n’est donc plus seulement de constater qu’une frayère fonctionne ou non, mais d’essayer d’en comprendre les raisons.
En 2026, 23 frayères présentent une très bonne qualité selon cet indice, dont une majorité se situe sur le Littoral.
Ces informations permettent ensuite d’adapter les interventions. Sur une frayère en très bon état, l’objectif sera avant tout de préserver ce qui fonctionne déjà. Sur d’autres secteurs, différents leviers peuvent être envisagés : restauration des connexions hydrauliques, gestion de la végétation ou limitation de certaines perturbations.
Comprendre chaque territoire pour mieux préserver le brochet
Le résultat obtenu en 2026 constitue une donnée encourageante pour la reproduction du brochet dans les Landes. Mais il rappelle aussi toute la complexité de son suivi.
Une frayère du Littoral ne fonctionne pas nécessairement comme une annexe de l’Adour ou une zone humide du Plateau landais. Les niveaux d’eau, les connexions avec les cours d’eau, la végétation ou les pressions exercées sur les milieux diffèrent d’un territoire à l’autre.
C’est pourquoi la Fédération poursuit simultanément le suivi des frayères connues, la recherche de nouveaux sites et l’analyse de leur qualité écologique.
Après plus de dix années d’étude, un enseignement apparaît essentiel : préserver le brochet passe avant tout par la conservation de zones humides fonctionnelles et accessibles.
Et pour agir efficacement, il faut d’abord comprendre leur fonctionnement, territoire par territoire.
Ce travail de fond est réalisé en collaboration avec les associations locales de pêche (AAPPMA) et en partenariat avec de trés nombreux acteurs techniques et institutionnels (syndicats de rivières, collectivités locales, instances régionales et nationale de la pêche en france, Conseil Départemental des Landes, Région Nouvelle Aquitaine, Agence de l’Eau Adour Garonne, etc.) impliqués pour la gestion de l’eau, et qui sans eux, une large majorité de ces actions ne seraient pas possibles.
En Vidéos
Nous publions régulièrement sur les réseaux (FACEBOOK–INSTAGRAM) afin d’informer les pêcheurs et le grand public. Retrouvez ci-dessous une pêche d’inventaire réalisée en avril où nous expliquons comment cela fonctionne et une pêche de sauvetage réalisée au mois de juin de notre cher brochet aquitain.







